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Febvrier-Despointes – l'amiral énigmatique (La partie deuxième)

Lors de sa remontée vers l’Equateur, il profite de son escale au port péruvien de Callao, pour assouvir son goût pour les fouilles archéologiques.
René Maurice de Kerret, le dessinateur de la Forte, raconte:
« L'amiral ayant sollicité du Président Elias de faire faire des fouilles pour le compte du gouvernement français, je fus détaché avec une escouade d'hommes, et nous fûmes réveiller ces malheureux morts dans le cimetière de Pachacamac, entre Lima et Chorillos, bains de mer de Lima. Ces malheureux dormaient là depuis des siècles, enterrés assis sur leurs talons et desséchés comme des momies, entourés de poteries curieuses du temps, souvent, même, d'objets en or ou en argent. Nous ne trouvâmes que des poteries. Je rapportais à l'amiral ce que je trouvais. La mort de l'amiral fit qu'on me rendit partie de ces poteries ».
Arrivé en Equateur, il accomplit la mission diplomatique dont il est chargé, mission conclue par un traité de paix qui restera dans l’Histoire comme le premier acte diplomatique de la république Équatorienne.
Ils restèrent à Lima quinze jours visitant la ville et ses environs. Le 15 avril, ils étaient à Payta où un autre vaisseau Français, Le Prony, les rejoignit. Le 16, ils reprirent la route du Nord, le 17 passèrent près de l’île Santa Clara et arrivèrent à La Puna.
Avec la marée, ils commençèrent à remonter le Guayas. La vue des paysages riverains firent l’admiration des marins Français. Le 23, La Forte remorquée par Le Prony mit l’ancre face à Guayaquil. Les autorités vinrent saluer l’amiral qui venait avec la mission secrète d’obtenir de notre Gouvernement le paiement de 300 000 pesos en réparation des préjudices subis par un citoyen Français. Le Ministre français a Quito, Condé de Montholon, avait quitté le pays en attendant que le Gouvernement équatorien accepte de faire réparation. L’Amiral devait régler le litige.
L’ultimatum Français prévoyait à titre de réparation,que son drapeau soit salué de 21 coups de canon en présence du Président Urbina qui était à Quito
Les frégates Prudence et Brillante, le brick Obligado étaient mouillés à Guayaquil ….
En attendant la réponse de Quito dans le délai fixé de trois semaines les équipages purent descendre à terre. Ils visitèrent la ville et y firent de nombreuses connaissances.
Au bout des trois semaines fixées, le Président Urbina fit part de ce qu’il acceptait les termes du traité et promettait une réception des plus amicales à la Délégation Française.
Febvrier rédigea donc le « Traité de Paix et d’Amitié » que le Président Urbina devait signer. Il désigna Kerret et Kersaint pour cette mission.

Cette affaire réglée, la Forte reprend la mer et arrive à Tahiti le 26 août 1853,. La reine Pomare IV, personne fort rusée, est reçue avec sa suite sur la frégate. Les liens entre les officiers de l’Etat Major et la Cour tahitienne sont excellents tout comme ceux de l’équipage avec la population. Mais se conformant aux ordres reçus, l’amiral transfert son pavillon sur la corvette le Phoque qui prend le large cap à l’ouest le 2 septembre.
Ici une explication historique est nécessaire.
Quand les passions de la Révolution de 1848 se sont éteintes, s'est posée la question : où mettre tous ces prisonniers politiques dont l’exécution était impossible ? Pourquoi ne pas les déporter ? Le tzar avait la Sibérie, la reine Victoria avait l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Les Français, acquis à cette solution, tournent leurs regards vers la Polynésie. Ils envoient donc vers la Nouvelle Calédonie la corvette Alcmène en reconnaissance. L’opération se termine mal : En décembre 1850, douze membres de l'équipage sont tués et mangés par les indigènes. Le commandant de la corvette, le comte d’Harcourt, fait la promesse qu’ils seraient vengés. C’est à l'amiral Febvrier-Despointes que revient de tenir la promesse.

En Nouvelle-Calédonie, la santé de l'amiral se détériore et le jour de la cérémonie de prise de possession la maladie éclate au grand jour.
« La cérémonie, qui demanda près de deux heures, sous un soleil brûlant, avait très visiblement fatigué le nouveau grand chef de l'île. L'amiral, à peine de retour à bord, fut pris d'une hémorragie abondante. Ce grave symptôme alarma le chirurgien du Phoque. Il confia ses inquiétudes au chef d'état-major. Le départ était pour le lendemain, et il aurait fallu au malade une vie calme et un régime tout autre que celui du bord. Mais comment procurer à ce corps usé par la souffrance un repos absolu ? Comment accorder à son esprit une tranquillité parfaite? Cela n'était pas possible dans les circonstances difficiles où l'on se trouvait. Le chirurgien recommanda de ménager au moins autant que possible cette santé précieuse, affaiblie par les excès du dévouement. Il promit, de son côté, de tout faire pour soutenir des forces qui chaque jour diminuaient à vue d'œil.
Cependant, après cette perte de sang, causée fort probablement par la fatigue et la chaleur, l'amiral put reposer et dormir quatre heures d'un bon et calme sommeil. Le soir, quoique encore très pâle, il se trouva beaucoup mieux qu'on ne pouvait l'espérer. La joie qu'il ressentait de la grande œuvre accomplie dans l'après-midi ne contribua pas peu à lui rendre quelque force…
…L'amiral, qui désormais avait accompli la partie la plus difficile de sa tâche, rentra à bord pleinement satisfait ; ce serviteur vaillant et dévoué trouva dans sa joie et dans son énergie une force de réaction qui empêcha la fatigue d'accablerson corps malade et affaibli...
… Nouvelle calamité ! La faiblesse de 1'amiral s'aggrava. Des hémorragies se déclarèrent coup sur coup. Le docteur conjura le danger, mais il était très inquiet. Après une crise plus forte, il prit à part le chef d'état-major, au moment où celui-ci rentrait à bord après une longue journée de travail, et lui dit confidentiellement : « L'amiral pourrait nous être enlevé subitement. Un épanchement cérébral est à craindre et l'emporterait en quelques heures. Comme le plus ancien de grade, il faut que vous preniez des dispositions, du vivant de l'amiral, pour parer à cette redoutable éventualité. Agissez avec prudence et ménagements, mais sans tarder. » Puis il ajouta : "Dans tous les cas, il faut que l'amiral quitte le bord et aille s'établir à la mission. Là il se trouvera dans les meilleures conditions hygiéniques. Un repos absolu de corps et d'esprit lui sera imposé, pendant qu'on le soumettra à un régime plus nutritif, en remplaçant les salaisons par des végétaux. »...
Le chef d'état-major avait remarqué cette faiblesse croissante. L'énergie morale avait seule pu soutenir son vaillant chef pendant les derniers événements; mais le courage même fléchissait, à mesure que le mal faisait des progrès. Il prit donc son parti.
L’amiral, qui s’était endormi d’un profond sommeil à la suite d’une opération de tamponnage, se réveilla très faible, mais moins souffrant que le chirurgien ne l’avait craint. Il parla de la mission, de sa situation très avantageuse : sujet de conversation qu’il affectionnait, parce qu’il réveillait en lui la joie qu’il avait éprouvée en donnant à la France une magnifique colonie. Le moment parut favorable pour aborder la question et lui proposer de s'établir à terre, dans la maison des missionnaires. A sa grande joie, le chef d'état-major obtint sans difficulté l'acquiescement de l'amiral. Le malade parut heureux de quitter sa petite chambre, où, malgré les précautions prises par tous, retentissaient, surtout pendant les manœuvres, tous les bruits du pont.
Le chef d'état-major se rendit sans tarder à la mission, et fît part au P. Montrouzier du projet. Le missionnaire accepta de grand cœur de loger l'amiral, son aide de camp et son domestique. Il mit toutes ses ressources à la disposition du malade et profita de l'occasion pour demander un matelot jardinier, assurant que son potager, qui n'était qu'un champ inculte, pourrait être d'un grand secours pour l'alimentation végétale, prescrite par le docteur. Il lui restait de vieilles graines de légumes. Grâce à la fertilité de ce terrain vierge, il avait la certitude de les voir lever promptement, pourvu que le sol fût remué. Il se chargeait de diriger l'opération.
La maison de la mission était grande, parfaitement tenue, très aérée. En complétant par quelques meubles, apportés du bord, le mobilier des chambres, l'installation de l'amiral serait suffisamment confortable. Quant aux soins réclamés par l'état maladif de son hôte, le P. Montrouzier se les réservait, et c'était tout dire.
Le lendemain, le chirurgien jugea que son malade pouvait supporter sans inconvénient la fatigue du déplacement. Vers dix heures du matin, l'amiral, en compagnie du docteur et de son aide de camp, se rendit à la mission, où il prit son quartier général…
(Il s’agit probablement d’hémorragies nasales quoiqu’à cette époque le tampon de charpie est aussi utilisé dans les cas d’hémorroïdes.)
... « Tiangoun demeura encore quelques instants sans mouvement. L'amiral, s'étant levé, se trouva face à face avec lui. A ce moment, le Canaque se jette à genoux, et mettant le front sur le tapis qui recouvrait le plancher, il saisit en même temps un des pieds de l'amiral pour se le poser sur la tête, en signe de sa soumission. Le grand chef français, qui n'avait déjà pas trop de ses deux jambes malades, résista juste assez pour ne pas tomber à la renverse, comme il advint jadis au roi Charles le Simple en pareille occurrence. Il se rassit, par prudence, et fit expliquer au sauvage trop zélé qu'on lui tenait compte de l'intention, qu'il pouvait se relever de terre, où il demeurait prosterné, que son autorité de chef de la tribu lui était rendue et qu'enfin il était libre de retourner dans son village. »

La prise de possession de cette terre lointaine se fait dans l'indifférence générale et « Le Moniteur Officiel » ne consacrera à cet événement que quelques lignes à sa une du 14 février 1854 ; mais elles donneront suffisamment de renseignements sur les arrière-pensées du gouvernement de l'époque :
« ... La Nouvelle Calédonie est un excellent point d'appui, mais on ne connaît pas encore assez sa valeur pour en tirer parti de ses ressources agricoles et minérales et y jeter les premiers fondements d'un pénitencier ... »

Le 1er janvier 1854, l'amiral quitte la nouvelle colonie et met le cap sur l'Amérique du Sud pour recevoir de nouvelles instructions. Le 19 mars 1854 la Forte est à Valparaiso, port du Chili où elle trouve la frégate russe Diana avec laquelle elle échange les saluts ; le 5 avril, elle est à Callao où, trois jours après, arrive la frégate de Sa Majesté Britannique le Président, portant pavillon du contre-amiral David Price.
Selon les instructions, les escadres française et britannique sont mises sous le commandement de l’amiral Price en cas de déclaration de guerre à la Russie.
Les amiraux devaient : 1) attendre le déclaration de la guerre, 2) rassembler les forces dispersées dans l'océan Pacifique et y croiser du sud au nord, attaquer les ports russes de sa rive orientale.
Puis, avec le temps, ces instructions se précisent. Il est nécessaire de protéger les intérêts économiques des Alliés contre les corsaires russes, de trouver et supprimer l'escadre de l'amiral Poutiatine, de prendre des ports russes, particulièrement Petropavlovsk au Kamtchatka,
La chance semble sourire aux alliés : la frégate russe "l'Aurora" vient directement à eux à Callao. Mais la déclaration de guerre officielle ne leur était pas encore parvenue! L'amiral anglais propose de bloquer "l'Aurora" dans le port pour s’en saisir l’heure venue. Quoique Febvrier-Despointes trouve cela illégal, les navires anglais s’apprêtent à empêcher la frégate russe de quitter le port. Et …"l'Aurora" profitant de la brume, remorquée par des canots, disparaît, un matin, à la barbe des alliés…
Elle va faire route directement sur le Kamtchatka; cette longue traversée coûte la vie à trois dizaines de matelots mais sauvera Petropavlovsk. En arrivant un mois et demi avant l’escadre anglo-française elle permettait de renforcer la défense de ce port.
le 11 mai, l'enseigne de vaisseau Achille Amet écrit :
« Quant à nous, nous partons demain pour aller à la recherche de sept frégates russes que le Tzar a eu la bonne idée de nous expédier. Je te disais tout dernièrement que nous en avions trouvé une à Valparaiso lors de notre passage dans ce port. A peine étions-nous à Callao qu'une autre frégate appelée l'Aurora venait aussi y relâcher ; elle y resta environ dix jours et fila dès qu'elle vit les nouvelles devenir un peu trop alarmantes. Nous avions la plus grande envie de la retenir ; l'Amiral Anglais surtout se rongeait les doigts en la voyant partir, mais c'eût été contre toutes les règles internationales. Elle appareilla le 23 avril et la guerre était, à notre insu, déclarée depuis le 28 du mois de mars.
Nous sommes en ce moment réunis en une seule et même division avec tous les bâtiments anglais qui sont sous les ordres de l'Amiral anglais Commandant en Chef dans ces mers-ci. Nous avons échangé nos signaux et nous allons naviguer de conserve jusqu'à la complète destruction des frégates russes ou bien jusqu'à ce qu'il survienne quelque circonstance grave. Un vapeur de guerre de la marine anglaise attendait les nouvelles à Panama pour nous les apporter immédiatement. Nous connaissions ainsi la déclaration de guerre depuis le 7 mai tandis q’uenfin le brick Obligado, la corvette L’Artémise arrivent ; le courrier ordinaire ne doit arriver que le 17 de ce mois.
Nous partons demain en division, la frégate Amirale française la Forte, la frégate Amirale anglaise Président, le vapeur anglais Virago et le brick français Obligado. L'Eurydice qui est en ce moment à Valparaiso doit nous rejoindre en mer et l'on compte aussi sur une seconde frégate anglaise, sans compter deux autres qui arrivent, l'une, l’Alceste, de France et l'autre, Peak [Pique], d'Angleterre. Nous pourrons ainsi présenter aux Russes un flanc assez respectable. Il paraît, en outre, que dès que nous les aurons un peu houspillés dans ces mers-ci, nous irons pousser une pointe jusqu'à leurs possessions du Kamchatka. On croit généralement que nous allons nous diriger sur les Sandwichs qui doivent être le lieu de rendez-vous de nos ennemis ; mais il paraît fort probable qu'il n’est plus temps et que nos oiseaux se seront envolés. Dans ce cas que deviendrons-nous ? Nul ne le sait. Je ne désespère donc pas, dans le cas où le Bon Dieu et les boulets russes voudraient bien me laisser vivre, de t’écrire en datant ma lettre de la Chine ou de la Sibérie ».

Alors que l’Aurora était déjà au Kamtchatka, les Français et les Anglais arrivent le 15 juillet aux îles Hawaii où ils complétent leurs vivres; Il faut dire aussi que l’amiral Price profitait de l’escale pour négocier avec le roi Kamehameha III et le rallier à la couronne Britannique.
Ainsi, il organise une réception sur la Virago pour toute la cour royale et la bonne société d'Honolulu. Les navires de l'escadre ornés des drapeaux multicolores défilent, les équipages sur les vergues; le canon tonne. Après la cérémonie religieuse, il y a une splendide réception et bal …
Le diplomate américain David Lawrence Gregg raconte tout cela dans son journal et parle de ses relations avec l'amiral Despointes qu’il rencontre d'abord au consulat puis à bord de "la Forte".
« Dimanche 23 juillet 1854. “…
Nous avons quitté La Forte peu après 13 heures pour revenir à terre après avoir passé un très agréable moment.
L’amiral des Pointes (sic) m’a dit que son père avait servi pendant la Guerre d’Indépendance comme colonel des troupes de marine et qu’il était membre de la Société de Cincinnatus ;que de ce fait on pouvait le regarder comme à moitié Américain, ceci dit avec l’air de plaisanter. L’impératrice Joséphine était sa marraine et il paraissait en tirer une certaine satisfaction ».
Mais nous savons qui était son père : Nicolas Febvrier-Despointes, l’aide major du bataillon au Vauclin ! Il n’était pas plus « Colonel of Marines » !qu’il ne faisait partie des Cincinnati et nous connaissons sa marraine : sa tante Marianne Camille de La Hante (épouse de Jean Marie Duval de Grenonville). On peut supposer que l’amiral, Chevalier de la Légion d’Honneur, a voulu mystifier le diplomate américain ! Cette fantaisie enfantine, était en fait le symptôme de son trouble morbide.
Le lendemain du départ de l’escadre voici la lettre qu’adressait David Gregg au secrétaire d'État des USA.
Mr. Gregg to Mr. Marcy.
No. 48. LEGATION des ETATS UNIS,
Honolulu,26 Juillet 1854
Une escadre franco-britannique de sept vaisseaux (trois Anglais et quatre Français) sont arrivés ici le 17 en provenance de Callao ayant fait la traversée en quatorze jours depuis Nukuhiva. Ceci n’a pas été sans créer une certaine émotion dans toutes les classes de la population. Samedi, la frégate anglaise La Pique avait rejoint la flotte qui, désormais, était ainsi constituée de huit vaisseaux : la frégate Président, la frégate La Pique, le sloop Amphitrite, le vapeur Virago (anglais)sous le commandement de l’amiral David Price ; la frégate La Forte et la frégate Euridyce enfin le brick Obligado (Français) sous le commandement du contre-amiral Febvrier des Pointes. Mardi, ils ont pris la route du Nord-Ouest. Je ne sais pas exactement qui commandait l’ensemble de la flotte car les informations diffèrent sur le sujet. Cependant je pense qu’il n’est pas douteux que ce soit l’amiral Price plus ancien que Febvrier des Pointes. Il est évident que l’entente n’est pas parfaite entre les alliés et j’apprends de source sûreque la séparation serait une solution envisageable
Le vendredi, les deux amiraux et leurs Etats Major ont eu audience au Palais. A remarquer : après les courtoisies d’usage, les allocutions, l’amiral Français à la suggestion de monsieur Perrin dit au Roi, par le truchement de l’interprète, qu’il espérait qu’il ne pensait pas à aliéner la souveraineté de son royaume, qu’une telle chose entraînerait des difficultés et, peut-être la guerre entre France et Angleterre ce qui serait de l’intérêt de Sa Majesté d ‘éviter. Le Roi ne fit aucune réponse.
votre très Respectueux et Obéissant Serviteur,
DAVID L. GREGG

L’harmonie ne régne donc pas entre les alliés. L’expédition devait assurer la protection des intérêts commerciaux au nord de l'océan Pacifique. Mais c'était pour l'essentiel les intérêts britanniques !...
On ne réussit pas à rattraper les frégates russes en haute mer. Personne ne sait où les trouver. La prise du port russe de Petropavlovsk au Kamtchatka pourrait compenser cet échec.
Le 28 août 1854, le bâtiment à vapeur «Virago» reconnaît la baie d'Avatchka. Ce que l'amiral commandant en chef Price y voit ne l’enthousiasme pas.
Le port est bien protégé par la nature, et tous les points sensibles son habilement défendus par des batteries. Et,… la frégate Aurora, est dans le port, comme batterie additionnelle... Bien sûr, la force de feu des escadres alliées surpasse de beaucoup celle des Russes, mais il est certain que les Russes ne se rendront pas sans combattre. Revenir bredouille serait honteux. Il faut donc attaquer quelque fut le prix à payer pour un résultat imprévisible.
David Price était connu comme un brave, opiniâtre, ne méprisant pas le sang. Mais quand même, pour lui, c’était une toute autre affaire que d’envoyer à une mort absurde de jeunes hommes qui avaient contourné la moitié du globe terrestre pour des exploits militaires!
Le 30 août, l’Amiral Price se tire un coup de feu qui lui transperce le cœur et interromp les préparatifs de l'attaque. L'amiral Febvrier-Despointes accompagné de son chirurgien accourt auprès du mourant, mais tout qu'il peut seulement faire est de lui prendre la main et de lui dire : « Prenez courage, mon ami … ». Il doit même quitter un moment la cabine pour retrouver son calme.

« Cette mort faisait passer le commandement de l'escadre aux mains de l'amiral Despointes, atteint malheureusement déjà de la maladie qui devait l'emporter à quelques mois de là. Le commandement particulier de la division anglaise revenait au plus ancien de ses capitaines de vaisseau, sir Frederick Nicholson, commandant de la Pique. L'attaque fut naturellement renvoyée au lendemain 31, et l'on résolut, dans un conseil tenu à bord de la Forte le 30 au soir, d'exécuter de point en point les dispositions arrêtées précédemment. »
L'attaque eut quand même lieu le lendemain, 31 août. Les alliés obtiennent un certain succès : deux des batteries russes sont écrasées. L'attaque avait été interrompue bien avant la fin du jour.
Les raisons de cette interruption nous sont données par un témoin de l’attaque, second sur L’Obligado
On concevra sans peine que le conseil tenu le soir de ce même jour, 31 juillet [En fait 31 août - P.K.] 1854, ait été assez orageux, il était difficile d'expliquer comment après avoir forcé les Russes à évacuer deux de leurs batteries, après avoir réduit la troisième au silence, après avoir fait éprouver à l'ennemi des pertes que sa courageuse résistance avait dû rendre assez graves, et surtout après n'avoir en quelque sorte rien souffert de notre côté, nous n'avions pas poursuivi cet avantage en attaquant la frégate et la corvette qui restaient à réduire. Équipages et officiers s'étaient constamment montrés animés de la plus vive ardeur, et les deux navires français que l'ordre de l'amiral avait tenus éloignés du feu brûlaient du désir de prendre à leur tour part à l'action. Enfin, si le peu de largeur du port dans lequel il eût fallu s'engager devait rendre difficile l'embossage de nos navires, on pouvait être rassuré sur le succès de cette manœuvre délicate par la précision et la promptitude avec lesquelles la Forte et le Président venaient de l'exécuter deux fois sous le feu de l'ennemi; une jolie brise, on le sait, eût favorisé ce mouvement, que donnait le temps d'accomplir l'heure peu avancée à laquelle la troisième batterie russe avait cessé son feu. Certes il était fâcheux de n'avoir pas mis ces circonstances à profit, d'autant plus que nous laissions ainsi à l'ennemi le loisir de réparer ses défenses pendant la nuit. Ce n'était là toutefois qu'un fait simplement regrettable, une considération secondaire et nullement de nature à nous détourner d'une nouvelle attaque dont le succès semblait certain. L'escadre, on peut le dire, y comptait, et en cela les commandants de l’Eurydice et de l'Obligado ne firent qu'exprimer l'opinion générale, lorsque dans le conseil ils cherchèrent à établir l'opportunité d'une seconde tentative. Toutefois leur avis ne put prévaloir, et l'on se sépara après avoir décidé que l'on ferait le plus tôt possible route pour San-Francisco de Californie ».
Ce témoin n’accuse pas directement l'amiral de l'arrêt de l'attaque, mais fait allusion à cette idée. D'autres historiens, au contraire, voient le bon jugement de l'amiral Despointes : le début d’attaque a montré l'insuffisance des forces franco-anglaises pour enfoncer la ferme défense russe.
Les quelques jours suivants sont passés dans le calme ce qui permet aux Russes de restaurer leurs batteries. Les alliés, eux, enterraient l'amiral Price. On capturait aussi une péniche russe chargée de briques dont l’amiral faisait relâcher les occupants, une famille de kamtchadals.
« La kamtchadale Ousova racontait que l'amiral, un vieillard, caressait ses petits enfants bronzés, leur donnait des bonbons et racontait à la mère (elle a compris cela) qu’il avait aussi des petits enfants et qu’ils étaient restés chez lui en France. … Le 21 août [selon le calendrier julien] l'amiral disait son intention de relâcher la femme et les enfants, mais celle-ci, saisie de désespoir, déclara qu'elle ne laisserait pas son mari. L'amiral ne put résister aux larmes et aux sanglots de la femme ».
L’amiral rend la liberté aux prisonniers qui remettent cette lettre au Gouverneur:
«Rade d' Avatcha. Le 1-е[r] Septembre 1854.
Monsieur le gouverneur. Les chances de la guerre m'ont fait tomber entre les mains une famille Russe ; j'ai l'honneur de vous la renvoyer.
Recevez, monsieur le gouverneur, l'assurance de ma haute consi¬dération.
L'amiral commandant en chef
F. Des Pointe[s].»

(La fin suit)
Tags: l'amiral despointes, Адмиралы, История, Камчатка, Разыскания
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